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1893 : une mairie dans les champs

Publié le 9 juin 2010 par Sylvain BRIENT
La mairie au tout début du 20ème siècle. © DR La mairie au tout début du 20ème siècle.

L'actuel bâtiment principal de la mairie a, en 1893, fait l'objet d'une violente polémique quant à son emplacement. Il faudra toute la ténacité d'Emile Rossignol, maire visionnaire de l'époque pour que ce dernier voit le jour. Découvrez son histoire peu ordinaire.

Avant d’occuper les bâtiments actuels, la Mairie et l’école de garçons se trouvaient au bourg, près de l’église Saint Jean-Baptiste. Nous sommes alors en 1890, l’habitat est dispersé, surtout regroupé en quelques hameaux : le Bourg, Vomimbert, Saint Loup, les Coutures….
Monsieur Emile Rossignol est alors maire. Il estime avec son conseil municipal que « le grand nombre d’enfants nécessite la création d’un poste d’instituteur adjoint et des travaux pour aménager une deuxième classe », mais que, « ce ne sera que provisoire, car il va bien falloir construire une nouvelle maison d’école et une mairie ».
Cette dernière décision va se transformer en véritable tâche pour Emile Rossignol, qu’il mènera à bout grâce à son courage, son opiniâtreté, sa persévérance et sa fermeté. Une commission de sept membres est nommée, elle a pour but d’étudier l’emplacement le plus convenable pour cette construction. L’affaire est lancée et quelle affaire !

Trois emplacements envisagés

Le 21 mai 1890, la commission rend compte de ses travaux ; six propositions différentes sont avancées. « Il fallait choisir un emplacement assez central pour égaliser autant que possible les distances des points extrêmes de la commune, tenir compte du groupement des maisons qui est loin d’être régulier, de la viabilité des chemins à la mauvaise saison ».
La commission propose trois solutions :

  • établir l’école et la mairie à Vomimbert
  • choisir un emplacement rue de la Vallée entre les quatre chemins et Vomimbert, mais en se rapprochant le plus possible de Vomimbert.
  • Se fixer au croisement du chemin de la Vallée avec celui de Frédeville, à l’angle Ouest du carrefour formé par les quatre chemins. ( au Clos dit des Quatre-Oeufs, à l’Ouest du carrefour des Rues de la Vallée et de Grasdoux, devenues depuis rues de la Mairie et Jean Zay).
Sur ce plan de 1942, le territoire de Saint-Jean de Braye est encore majoritairement couvert de vergers et de champs.
Sur ce plan de 1942, le territoire de Saint-Jean de Braye est encore majoritairement couvert de vergers et de champs.

Cette troisième proposition est adoptée par 12 voix contre 4. Mais, les Abraysiens ne l’entendent pas de cette oreille ; des rumeurs et des pétitions circulent. Ainsi, monsieur le Maire déclare à ses collègues le 19 janvier 1891 : « C’est avec regret que nous avons eu la surprise d’apprendre qu’il a été signé plusieurs pétitions ayant pour but d’annuler les décisions du Conseil. C’est avec la plus grande énergie que nous repoussons ce procédé qui d’ailleurs tourne à la confusion de leurs auteurs comme étant contradictoires. Il ne faut voir que l’intérêt général en fixant l’endroit où doit se construire notre maison d’école et notre Mairie au centre de la population où se trouvent les quatre artères principales du pays, pour arriver à la Maison Commune ».

Le 5 mars, en séance extraordinaire, Monsieur le Maire donne le résultat d’une enquête effectuée dans la population : 300 contribuables ont protesté de la manière suivante :

  • 150 estiment que le lieu choisi est bas et humide et demandent l’ajournement.
  • 128 allèguent que l’emplacement choisi est isolé et dans un trou et demandent que la mairie soit à Vomimbert.
  • 22 protestent et demandent l’agrandissement du bâtiment actuel ou la reconstruction au Bourg.

300 contribuables sur 700 s'opposent au projet

Au début du 20ème siècle, la mairie se trouve au beau milieu des champs comme l'atteste cette carte postale.
Au début du 20ème siècle, la mairie se trouve au beau milieu des champs comme l'atteste cette carte postale.

Il résulte de ceci que 300 contribuables sur 700 que compte la commune s’opposent à ce projet, tout en n’étant pas d’accord entre eux. Afin de ne pas heurter la minorité, il est décidé qu’un registre sera ouvert où tout un chacun pourra ou non approuver le projet. L’emplacement ayant été surtout critiqué par les protestataires comme étant malsain et humide, le Maire propose d’inviter le Préfet à envoyer la Commission Supérieure d’Hygiène pour examiner cet endroit au point de vue sanitaire. Le 10 septembre 1891, le rapport de la dite commission est communiqué : il constate que « le terrain destiné à la construction de la maison d’école et de la Mairie est élevé et sain, et non bas et marécageux comme on l’avait prétendu ».

La mairie de nos jours, surmontée de l'horloge et du clocher offerts par le marquis de Saint-Paul, conseiller général du canton en 1893.
La mairie de nos jours, surmontée de l'horloge et du clocher offerts par le marquis de Saint-Paul, conseiller général du canton en 1893.

Monsieur le Maire est alors autorisé à remplir les formalités nécessaires pour l’acquisition des terrains. Mais ça continue : les propriétaires ne s’entendent pas sur la valeur des terrains ! la famille Duneau ne veut pas céder sa parcelle, ainsi que Monsieur Paul Brouard, qui ne veut se défaire de celle lui appartenant, à aucun prix. Eh bien ! on se passera de ces parcelles.
Les travaux vont bon train sous la direction de l’architecte M.Noël et leur montant est arrêté à 55 000 francs environ.

Le 19 février 1893 on décide la plantation des arbres dans la cour, et le 19 septembre de la même année, nous relevons la délibération suivante : « le Conseil, considérant qu’une inauguration solennelle entraînerait dans des frais relativement importants et qu’il n’y a pas lieu, vu les sacrifices que s’impose actuellement la Commune de faire des dépenses dont l’opportunité peut être contestée, décide que la prise de possession des nouveaux locaux se fera par le Conseil Municipal, sans invitations de représentants de l’Administration ».
Lors de la séance suivante du 8 octobre, Monsieur le Maire fait part d’un don de Monsieur de Saint-Paul, Conseiller général du Canton. Monsieur le Marquis offre l’horloge. Le Conseil est d’avis d’accepter « en s’assurant que la charpente soit assez solide » et « de laisser à Monsieur l’Architecte et à l’entrepreneur la responsabilité de la solidité de la charpente du toit de la mairie et de la nouvelle construction nécessitée par l’établissement de l’Horloge ».

Emile Rossignol, maire de 1890 à 1904

Né le 29 juin 1829 à Orléans.Il était négociant en bonneterie, rue Royale à Orléans. Emile Rossignol n’habitait pas Saint-Jean de Braye, mais il possédait une maison de campagne située au n°143 actuel de l’avenue Charles Péguy et qui demeura sa propriété de 1883 à 1908. Elu conseiller municipal le 6 mai 1888 et maire le 14 février 1890 suite au décès de Désiré Brouard, maire depuis 42 ans.Pour des raisons de santé, Emile Rossignol ne se représenta pas aux élections de mai 1904. Il mourut le 10 avril 1910 à l’âge de 80 ans.Emile Rossignol qui se préoccupa de façon toute particulière des problèmes scolaires, est incontestablement l’un « des grands Maires » de Saint-Jean de Braye.

A la séance de novembre, le Conseil exprime ses remerciements à Monsieur le Marquis : « Cette horloge, déclarait l’Assemblée, procure aux habitants tant par ses quatre cadrans que par le son de son timbre, le moyen de connaître exactement tant les heures du jour que celles de la nuit, ce qui est d’une grande commodité pour ceux des habitants de la commune qui sont souvent obligés de se rendre à leurs travaux ou affaires de très grand matin, ainsi que pour les enfants qui doivent se rendre à l’école à heure fixe . » De son côté Monsieur Rossignol offre deux tableaux, « qui seront placés dans la Salle du Conseil ».

L’inauguration de la mairie et de l’école a lieu le 10 octobre 1893 ; les bâtiments de l’école de garçons n’existent plus. Ils ont été démolis après avoir abrité les bureaux des services techniques de la ville.

La Mairie a subi des modifications intérieures, des aménagements. Ainsi la salle du Conseil, située à gauche en entrant dans l’actuelle mairie principale, devenue trop petite pour les réunions de l’assemblée municipale s’est transformée par la suite en salle des mariages, puis bureau de l’état civil et enfin bureau du Service Quartiers. Depuis 1952, elles est ornée de panneaux de céramique sortis de « l’Atelier du Clos de Joye » de Jeanne Champillou et Monsieur Henry, représentant les activités de Saint-Jean de Braye, le travail, et la paix.

Source : Saint Jean de Braye par ses Rues et ses Lieux-dits – François Marchand.

© Groupe histoire locale du Comité des sages de Saint-Jean de Braye - juin 2010

 

 

 

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