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Usines d'Ambert : témoignages

Publié le 10 mai 2011 par Sylvain BRIENT
La fonderie des usines d'Ambert, elle restera en activité jusque dans les années 70. © DR, collection particulière La fonderie des usines d'Ambert, elle restera en activité jusque dans les années 70.

Ils y ont travaillé, y ont passé de nombreuses années, les Anciens des usines d'Ambert témoignent...

René PELLETIER – 89 ans :

Je suis entré aux usines d’Ambert en 1939. J’avais pour copains Max et Roland, les deux fils de Marcel GARCIN qui était alors chef du personnel aux usines. Ça aide un peu … Lorsqu’une personne devait être embauchée aux usines d’Ambert, une enquête de moralité était entreprise par le service du personnel.

Je suis entré le premier jour ouvrable après le 14 juillet 1939 et j’ai été très surpris lors de ma première paye de toucher le mois entier.

C’était une bonne usine. On touchait le treizième mois. Il y avait des avantages sociaux ; un jour par semaine, un docteur était à disposition dans l’usine, le Docteur ALAIN, il y avait aussi une infirmière à temps plein, une crèche, un bon centre d’apprentissage ; des groupes de jeunes partaient en camp dans les Alpes, les enfants du personnel pouvaient aller en colonies de vacances dans des centres appartenant à la CGE. On organisait des rencontres sportives. Tout ceci se ressentait dans l’ambiance de travail au sein de l’entreprise !

J’ai travaillé jusqu’en 1970 à la fonderie et j’ai été sollicité pour prendre le poste de responsable des achats. J’ai accepté ce poste, fort heureusement ! car les fonderies ont fermé un peu plus tard. J’ai quitté l’usine en 1979, après quarante années passées aux usines d’Ambert si on y enlève deux années de 43 à 45 passées en déportation à Mauthausen. Ce sont des tristes souvenirs que j’ai racontés dans un cahier. Ces pages sont ma participation au devoir de mémoire de cette période. J’ai eu la chance d’en revenir, mon souhait est bien sûr que personne ne revive de telles horreurs.

Roberte, abraysienne - 87 ans :

Mon père était gardien, de jour comme de nuit, aux usines d’Ambert et comme nous habitions dans le quartier de l’Argonne, ce n’était pas très loin pour qu’il se rende à son travail ! J’ai peu de souvenirs des usines ! Mais par contre, je me souviens très bien quand maman m’envoyait porter à manger aux ouvriers grévistes en 1936. J’avais alors 12 ans ; je leur passais la nourriture à travers les barreaux des grilles d’entrée.

Yvonne, abraysienne - 68 ans :

Nous étions jeunes mariés et nous habitions dans l’Est, près de Sarreguemines. Mon mari et mon beau frère souhaitaient se rapprocher de Saumur, là où leurs parents étaient installés. Après réflexion et discussion, nous décidâmes un beau jour avec ma belle sœur et mon beau frère de quitter la région et d’y aller ! Après tout, nous étions jeunes ! Les hommes achetèrent le journal et regardèrent les petites annonces : eh oui, il fallait trouver du travail ! Michelin à Tours cherchait des ouvriers. Ils partirent tous les deux et se rendirent sur place. Ils eurent l’un comme l’autre une promesse d’embauche.

Ils s’arrêtèrent dans un bar pour prendre un café, et consultèrent à nouveau les petites annonces dans la presse : UNELEC à Orléans recrutait aussi des ouvriers. Alors, avant de prendre le chemin du retour, ils passèrent à Orléans pour se présenter. Ils eurent tous les deux une seconde promesse d’embauche. En 1966, il était plus facile de trouver du travail qu’aujourd’hui !

Ils sont donc rentrés à la maison, en nous disant : « Nous sommes embauchés deux fois tous les deux ».

 Quelques mois après, nous nous installions donc dans la région orléanaise. J’avais quitté mon travail d’aide maternelle dans les écoles et je m’occupais de mon premier bébé.

André, mon mari et son frère avaient choisi UNELEC. Nous n’avons pas eu besoin de chercher un logement : un appartement était mis à notre disposition Cité Saint Loup à Saint Jean de Braye, en location. Nous y sommes restés à peu près 8 ans et ensuite nous avons pu avoir une maison rue d’Ambert que nous avons d’abord louée puis achetée dans les années 80. A partir du moment où le salaire était versé par virement à la banque (vers 1970), l’usine prélevait chaque mois le loyer sur le salaire de mon époux. Je précise qu’avant cette date, mon mari était payé en espèces, il recevait un acompte chaque mois et le solde quinze jours après. A cette époque, il n’y avait pas autant d’agences bancaires qu’aujourd’hui, beaucoup de transactions se faisaient en espèces, même les allocations familiales étaient versées en numéraire à domicile par un agent qui allait de maison en maison.

En tant que locataires, nous étions prioritaires pour acheter cette maison, le prix était intéressant et nous avons fait un crédit sur 20 ans. Nous avions alors nos 3 enfants : 2 garçons et une fille. Guy et Didier, les garçons jouaient au foot et au judo dans les clubs des Usines d’Ambert.

Je me souviens du premier arbre de Noël de Guy, notre aîné, le père Noël lui avait donné un ours en peluche. Par la suite, nous choisissions les jouets des enfants sur un catalogue, mais ils avaient aussi la possibilité, à partir de 9 ou 10 ans, de bénéficier d’un séjour à la neige comme cadeau de Noël. Tout était gratuit, les enfants devaient juste avoir leur équipement vestimentaire. Transport en bus, aller et retour, pension complète, ski, tout était offert.

Les usines avaient un chalet dans les Vosges à proximité du Ballon d’Alsace. Les enfants en ont gardé de bons souvenirs, et même aujourd’hui, il m’arrive encore de regarder les photos de leurs séjours.

Mon mari ne déjeunait jamais à la cantine, nous habitions pas loin de l’usine, il rentrait à la maison tous les midis, sauf le jour du « repas de Noël » qui était servi au personnel : un excellent repas !

 Entré comme ouvrier, mon mari a évolué dans l’usine tout au long de sa carrière de 1966 à 2002 ; d’ouvrier spécialisé OS2, il devint ensuite empileur, puis cariste et enfin électromécanicien. Il était heureux de penser qu’il aurait une bonne retraite, mais malheureusement il n’a pas pu en profiter, la maladie l’a emporté six mois avant ses 60 ans.

Jacky Denis – ancien boucher rue d’Ambert :

J’ai pris la boucherie en 1962 ; aux heures de sortie des usines, la rue d’Ambert fourmillait de monde. Les uns se dirigeaient vers les bars et cafés, d’autres passaient par la boucherie. Nous étions trois pour servir et çà ne perdait pas de temps ! Monsieur Semensatis, ancien directeur était client de la boucherie, il savait ce qu’il voulait ! Le personnel des usines constituait le plus gros de notre clientèle.

 

Paul Girard, retraité à Tours - 88 ans

Je suis entré aux Ateliers d’Orléans comme ingénieur au bureau d’études en 1947. J’avais alors 24 ans, et j’y suis resté jusqu’en 1983, pour faire valoir mes droits à la retraite à 60 ans.

J’ai occupé divers postes tout au long de ma carrière :

  • 1950 : ingénieur de fabrication
  • 1952 : ingénieur au bureau de calculs des machines tournantes (moteurs, alternateurs pour courant alternatif et continu).
  • 1954 : adjoint au nouveau directeur commercial Jean-Claude Dreyer, chargé de la publicité et des statistiques
  • 1959 : chef du service commercial du département Levage.
  • 1975 : responsable des ventes des gros alternateurs pour les navires importants construits dans les chantiers principaux (Atlantique à Saint Nazaire, France Dunkerque, La Ciotat, CNIM à la Seyne sur Mer) et des machines spéciales pour les chemins de fer et des groupes convertisseurs (SNCF, Métro, trains de banlieue de Rio de Janeiro).

Parmi toutes nos réalisations, certaines étaient exceptionnelles, tel ce palan de trente-cinq tonnes commandé par la Direction des Constructions et Armes Navales (DCAN) de la Marine Nationale pour le chargement des ogives nucléaires à bord des sous marins lanceurs tel Le Redoutable , à l’Ile longue à l’extrémité de la Rade de Brest. Ce palan est un exploit car il devait entrer dans un cylindre de 1.70m de diamètre. Ce fût le «Chant du Cygne » de l’ingénieur en chef du département Levage Mr Darmois.

Ma vie professionnelle a été une belle aventure, mais au-delà des réalisations matérielles, elle a été surtout une aventure humaine, tant avec mes supérieurs qu’avec les personnes plus jeunes avec qui j’ai travaillé. Nous avons tissé des liens d’amitiés profondes qui nous ont aidés dans notre travail.

A mon âge, je rêve encore beaucoup et passe ainsi fréquemment une partie de mes nuits aux Usines d’Ambert à mon grand plaisir !

© Témoignages recueillis et rédigés par le groupe Histoire locale du comité des Sages de Saint-Jean de Braye

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