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Jeanne Champillou, peintre, graveur, céramiste et...autodidacte

Publié le 9 juin 2010 par Sylvain BRIENT
Autoportrait de Jeanne Champillou, gravure © Dr Autoportrait de Jeanne Champillou, gravure

Dans le bureau du service quartiers de la Mairie, ancienne salle du conseil, se trouvent, depuis 1952, de magnifiques céramiques, sorties de "l’Atelier du Clos de Joye" exécutées par Jeanne Champillou et M. Henry. Découvrez le travail de cette artiste, chantre de la vie des "petites gens".

Jeanne Champillou: 1897-1978
Jeanne Champillou: 1897-1978

Jeanne Champillou, quatrième enfant d’un foyer de vignerons, naît à Saint-Jean le Blanc le 4 avril 1897. Son père étant devenu subitement aveugle, c’est à sa mère qu’incombe de faire, seule, vivre son mari et ses jeunes enfants. Jeanne évoquera plus tard, avec tendresse et reconnaissance, la dure vie de sa mère et surtout, la part qu’elle eut, en l’emmenant très jeune au Musée de Peinture, dans l’éveil de sa vocation artistique.

Comme tous les enfants de sa condition, Jeanne fréquente d’abord l’école du village, puis à sept ans, on la met en pension en Belgique, chez les Sœurs de Saint Denis en Val, qui y étaient réfugiées depuis leur expulsion en 1904. Déjà, le démon du dessin la titille : « Ce fut de bien bonne heure. Cela remonte au temps où j’étais toute petite fille » dit elle. Ce séjour dans le Nord l’enchante. Elle aime la rude campagne flamande et la vie patriarcale de ses habitants. C’est à Lille, qu’elle passe son brevet en 1913. En pension, puis à son retour, à l’Ecole de Musique d’Orléans, elle apprend le piano. Elle est douée et plus tard, elle gagnera sa vie des leçons, qu’à son tour, elle donnera. Mais dès cette époque, sa vocation pour le dessin l’attire et supplante bientôt la musique. L’Ecole des Beaux-arts ? Il n’y faut pas songer, faute d’argent. Elle travaille donc seule, copiant les maîtres et la nature.

« Tout me servit de modèle autour de moi »

Femme à la brouette, 1925, eau forte par Jeanne Champillou
Femme à la brouette, 1925, eau forte par Jeanne Champillou

Elle s’intéresse aux images familières des travaux des champs, des petits métiers, aux scènes de la rue ou du marché. Elle vient à la gravure en 1916. Un graveur tchèque, Kralicek, blessé de guerre évacué sur Orléans, voit ses dessins. Il l’encourage, la conforte dans ses convictions profondes : « Le dessin peut se travailler sans crayon, sans papier, par l’observation ; exercez la mémoire de l’œil, dessinez de mémoire ; surtout n’allez pas à l’école, le meilleur maître, c’est la nature ».
Elle rencontre un autre graveur, Bastide du Lude, dans sa propriété solognote de Jouy le Pothier. Il rapportait de ses voyages quantité de dessins qu’il gravait, pour le plaisir, avec une grande finesse.

Une des magnifiques céramiques de la mairie, sortie de «  l’Atelier du Clos de Joye » en 1952, exécutée par Jeanne Champillou et Mr Henry.
Une des magnifiques céramiques de la mairie, sortie de « l’Atelier du Clos de Joye » en 1952, exécutée par Jeanne Champillou et Mr Henry.


Chez Bastide de Lude, Jeanne apprend, passionnée, la technique de l’eau-forte. Mais ses plaques, il faut les tirer, les imprimer. Il n’y a pas d’imprimeur en taille-douce à Orléans. De toute façon, où trouver l’argent nécessaire, elle qui n’a que les leçons de piano données dans la maison familiale du Clos de Joye, Faubourg Bannier à Orléans.

« Se débrouiller, c’est le sort des pauvres »

Ces obstacles, elle les surmontera, comme bien d’autres, avec les moyens du bord. Jeanne fait faire une petite presse avec des rouleaux de fonte et un châssis en bois par un voisin artisan, mais elle ne réussit pas à obtenir des tirages corrects. Alors, Bastide de Lude, qui possède une presse convenable, lui tire ses épreuves. Enthousiasmé, il l’invite à venir apprendre à imprimer chez lui. Elle essaiera ensuite, toutes les techniques qui dérivent de celle de l’eau-forte. De 26 à 50 ans, elle a gravé l’essentiel de son œuvre (plus de 400 planches). Ses gravures sont la mémoire du patrimoine régional français.

L'atelier du Clos de Joye, maison-atelier de Jeanne Champillou, faubourg Bannier à Orléans.
L'atelier du Clos de Joye, maison-atelier de Jeanne Champillou, faubourg Bannier à Orléans.

L’artiste aurait pu continuer dans cette voie ; elle expose régulièrement à Orléans des œuvres de qualité. Mais, au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle commence la céramique en 1947 et ouvre un atelier dans la maison familiale : l’atelier du « Clos de Joye ». Elle travaille avec un confrère céramiste du même niveau qu’elle. Les deux expériences mises en commun font avancer leurs connaissances techniques réciproques. Jeanne comprend vite que pour réussir financièrement : « C’est vers le beau qu’il faut se tourner, vers la pièce unique, ou la décoration dans le cadre de l’architecture ».

Une des magnifiques céramiques de la mairie, sortie de «  l’Atelier du Clos de Joye » en 1952, exécutée par Jeanne Champillou et Mr Henry.
Une des magnifiques céramiques de la mairie, sortie de « l’Atelier du Clos de Joye » en 1952, exécutée par Jeanne Champillou et Mr Henry.

Du beau et de l'unique

Du beau et de l’unique, elle en produit et il décore toujours certains lieux du département, telle la mairie de notre ville, mais aussi l’église Notre Dame des Miracles à Orléans, l’église de Gien, la chapelle des Blossières, les portails des collèges de Châteauneuf sur Loire…... La céramique occupe les trente dernières années de la vie de Jeanne Champillou.
En 1977, lors d’une rétrospective de ses œuvres à la Collégiale Saint-Pierre-Le-Puellier à Orléans, Monsieur René Thinat, Maire d’Orléans, lui remet la Médaille de la Ville. Jeanne Champillou nous quitte en 1978, laissant dans la peine, ses amis du Clos de Joye. Pour conserver sa mémoire et défendre son œuvre, ses amis fondent l’Association « Le Clos de Joye », qui existe toujours et donne des conférences sur cette artiste autodidacte.

Sources : Le Hommes Célèbres du XXème siècle dans le Loiret de Serge Vannier / Jeanne Champillou – l’œuvre gravée – Le Clos de Joye

©Groupe histoire locale du Comité des sages de Saint-Jean de Braye - juin 2010

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