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La distribution des prix à l’école communale (1)

Publié le 21 août 2012 par Sylvain BRIENT
Vue de la mairie et des écoles dans les années 1920. © DR Vue de la mairie de Saint-Jean de Braye et des écoles dans les années 1920.

Poursuivant son travail de collecte de témoignages d'Abraysiens, le Comité des sages a recueilli les souvenirs de plusieurs personnes âgées de la commune sur un moment important de leur enfance : la remise des prix à l'école communale.

Suzanne – 62 ans      

Abraysienne depuis près de 20 ans, je suis née en 1950, et j’ai vécu dans la région chartraine jusqu’en avril 1993. A la fin de l’année scolaire avait lieu traditionnellement la distribution des prix à l’école communale de filles où j’étais scolarisée. C’était un moment important pour la population du village ! A l’arrivée des spectateurs, les enfants leur proposaient les jolis programmes qu’ils avaient réalisés. Ceux-ci étaient vendus au profit de la coopérative scolaire. Après les chansons, danses et petites pièces de théâtre présentées par les classes sous la houlette de leur maîtresse respective, arrivait le moment tant attendu par tous : la distribution des prix. Le maire, les conseillers municipaux s’installaient sur la scène et le palmarès était donné par les maîtresses, classe par classe, du plus petit niveau jusqu’au plus grand. En fonction de leurs résultats, les enfants recevaient des livres et parfois un livret de Caisse d’Epargne pour les plus brillants, d’un montant de 5 francs offerts par la commune. Mais attention ! Pas question de disposer immédiatement de la somme d’argent portée sur le livret, le versement était conditionnel ! Un cachet : « Récompense scolaire remboursable au titulaire seul, à majorité ou mariage » était apposé sous la somme inscrite, et en plus, la majorité était encore fixée à 21 ans à cette époque.

 Chantal - 62 ans

Le jour de la distribution des prix, maman nous mettait notre plus belle robe; toute la famille se déplaçait et je me souviens de la fierté et de la joie de mes parents et grands-parents quand la maîtresse annonçait chaque année, le « Prix d’excellence » suivi immédiatement de mes prénom et nom. Elle tendait alors ma récompense à Monsieur le Maire ou à l’un des deux conseillers municipaux qui habitaient, comme nous, le hameau de Boinville. En me renouvelant ses félicitations et en m’embrassant, celui ci me remettait ce qui m’était destiné, sous les applaudissements du public. Je me souviens qu’une fois, sur le chemin du retour, Pépère Henri, heureux, me glissa dans la main un billet de cinquante francs, en disant « Faut pas le dire à Marcelle » ! Mémère avait elle des oursins dans les poches ? Ou considérait elle que ce n’était pas nécessaire ?

Michelle – 66 ans     

Chaque année, le dimanche juste avant le début des grandes vacances, c’était la distribution des prix dans notre village. La famille au grand complet y assistait : Mémère, Pépère Henri, Pépère Etienne, Maman, Papa, et ma petite sœur.  Mais cette année là, en 1960, je me rappelle bien, Mémère a refusé de venir ! Elle avait honte car j’avais malheureusement échoué au certificat d’études ! J’étais une élève de niveau moyen, mais un peu fâchée avec l’orthographe ! Pourtant, en dehors de l’école,  pendant les vacances scolaires, Maman me faisait faire des dictées pour que je m’améliore ! Mais, sans faire des fautes à tous les mots, j’avais beaucoup de mal à en faire moins de cinq ! Il faut savoir que cinq fautes entraînaient un ZERO et que le ZERO en dictée était éliminatoire à cette époque au certif ! J’ai dû redoubler, j’ai repassé mon CEP, et cette fois j’ai réussi ! Alors Mémère est revenue à la distribution des prix !

François Marchand, auteur abraysien dans son livre « Saint-Jean de Braye, par ses rues et ses lieux-dits » :

En évoquant le combat des Prussiens au lieudit Château Foucher en 1870, il dit : « Un geste touchant que l’on peut signaler en évoquant ce triste souvenir de 1870 est celui qu’eurent les petites filles de l’Ecole Communale en renonçant à leurs prix en faveur des blessés de l’Armée Française ». Sur les diplômes décernés aux fillettes le 31 août 1870 figurait la mention spéciale :  La guerre ayant éclaté soudainement entre la France et la Prusse, les élèves de l’Ecole Communale des Filles de Saint Jean de Braye ont spontanément renoncé à leurs prix en faveur des blessés de l’Armée Française ».

 

 

Marie Edith - 67 ans

Je suis née en 1944 à Orléans et je suis toujours restée dans l’agglomération orléanaise. Sans être institutrice, ma maman m'a appris à lire, écrire et compter à la maison ainsi qu'à mes deux frères aînés. A l'école  primaire de filles  (privée) rue Duhamel-Dumonceau, dans le quartier Saint-Marceau, j'ai été scolarisée du CE1 au CM2. A l'époque, à la fin de l'année scolaire, nous rangions la classe de fond en comble. Chacune rapportait de la paille de fer, un tampon JEX, de l'eau de javel, de l'encaustique, de la cire, des chiffons ... Nous avions à coeur de laisser les bureaux (à 2 ou à 4 places) et les bancs super propres. Et là, ça sentait bon les vacances !
Quand tout était impeccable, au bout de 2 jours, nous nous apprêtions pour la distribution des prix. Il me semble bien qu'on s'habillait un peu mieux qu'à l'ordinaire, on quittait même nos tabliers pour la circonstance. Et la directrice, Soeur Marie Mélanie entrait dans la classe. (Le cliquetis de son chapelet et le martèlement de ses claquettes nous avaient averties de son arrivée imminente !). Tout le monde debout : "Bonjour chère soeur ". Tout le monde assis ! Sûr qu'on pouvait entendre une mouche voler ! Les bras croisés sur les tables, on ne "stressait" pas, le mot n'était pas connu à ce moment, mais on attendait, un peu anxieuses, la sanction de notre année. Un prix apportait un large sourire et des joues roses. Heureuse d'avoir bien fait mais aussi,  fière à l'avance des futurs compliments que les parents ne manqueraient pas de faire. Pas de distribution de livres, simplement on allait chercher notre papier (si important !). A la fin, on entendait ou on écoutait le mot que la soeur directrice nous adressait du fond de sa cornette : encouragements à faire encore mieux, c'était son thème favori mais il était remanié d'une année sur l'autre (surtout ne pas rabâcher !!!) Pour terminer, tout le monde se levait pour accompagner le cliquetis du chapelet et les bavardages reprenaient ; mais le précieux papier était rangé avec précaution pour le brandir en bon état en arrivant à la maison. Le plus dur, c'était de renouveler l'exploit l'année suivante.

Liliane - 72 ans

A la fin de la guerre, j'avais six ans ; après des années de peur et de séparation d'avec mes parents, il a fallu prendre le chemin de l'école primaire le 1er octobre. N'ayant pas connu la maternelle et très timide, mes débuts scolaires furent très difficiles et angoissants. A Noël, ma maîtresse, observatrice, apprit à mes parents que j'étais myope ! Aussi, dès la rentrée de Janvier, équipée de mes lunettes (que je n'ai plus jamais quittées), je me suis mise à l'ouvrage. Mes parents rentrant très tard de leur travail ne pouvaient m'aider à rattraper mon retard, seul mon chat Minou participait à mes efforts en trempant une patte dans l'encrier, mon petit bureau s'en souvient encore ! Malgré mon application, au mois de juin je n'étais pas parvenue à être dans les 4 premières de la classe à mon grand désespoir. En effet, la ville d'Argenteuil organisait, chaque année, un voyage d'une journée à Deauville pour les quatre meilleurs de toutes les classes de toutes les écoles. Découvrir la mer avec les instituteurs, les professeurs, les copines et les garçons qu'enfin nous pouvions voir, il n'y avait plus ce grand mur sombre qui séparait nos cours. C'était un enjeu qui nous tenait toutes à cœur de réussir. Par une belle journée de juin, nous partions tôt le matin, un train nous était attribué, nous arrivions dans la matinée sur la plage de sable fin et selon les marées, la mer était là ou très lointaine, nous courrions à sa rencontre avec quel plaisir ! Un peu de peur se mêlait à notre enthousiasme et notre admiration. Après la baignade, même par grand vent, pique-nique suivi d'une seconde baignade, puis le goûter se dévorait sur les fameuses planches de Deauville. Retour le soir tard, mais que d'histoires et d'aventures à raconter, nos têtes étourdies par le grand air ! Pour tout vous dire, après ce difficile cours préparatoire, j'ai dû aller sept ou huit fois à Deauville !!!!!!

Claude - 78 ans

Mes parents étaient abraysiens, j’ai vécu ensuite à Olivet, et je suis revenue à Saint-Jean de Braye en 1971. Je suis une maman de famille nombreuse, j’ai eu douze enfants. Ceux-ci étaient scolarisés à Olivet et le jour de la distribution des prix, c’était pour toute la famille, une grande sortie mais aussi une vraie expédition ! Il nous fallait faire 3 kilomètres à pied pour y aller, emporter les déguisements des enfants pour les saynètes, surveiller les plus grands sur le parcours et porter les plus petits. Après la distribution des prix dont la liste était annoncée par la directrice de l’école, une kermesse avait lieu avec stands et tombola sur les bords du Loiret. Tout le monde était content avec les prix, les lots et le goûter ! Nous reprenions ensuite le chemin du retour et le soir, les enfants, heureux mais fatigués, ne faisaient pas de difficultés pour aller au lit ; pour une fois, ils ne demandaient pas à regarder la télévision ! Une belle journée pour tous. 

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