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La distribution des prix à l'école communale (2)

Publié le 21 août 2012 par Sylvain BRIENT
Enfants devant l'école de Saint-Jean de Braye dans les années 1920. © DR Enfants devant l'école de Saint-Jean de Braye dans les années 1920.

Poursuivant son travail de collecte de témoignages d'Abraysiens, le Comité des sages a recueilli les souvenirs de plusieurs personnes âgées de la commune sur un moment important de leur enfance : la remise des prix à l'école communale.

Louise - 85 ans                                                                                   

Mon école en 1940. J’allais à l’école dans le village de mon enfance, un petit bourg du Perche. En juillet, nous préparions chaque année, avec notre maîtresse, la fête de fin d’année scolaire. Toutes, nous avions une tâche, et nous transformions la salle de classe en salle d’exposition : les tricots, les broderies, les travaux de couture réalisés les mardis et vendredis après-midi lors des séances de travaux manuels, étaient joliment exposés pour l’occasion. Cette fête de fin d’année commençait par un petit théâtre de plein air avec monologues, histoires drôles, et chants. Puis suivaient la distribution des prix et la visite de l’exposition des travaux d’élèves dans la salle de classe, avec quelquefois bien des commentaires...

Christian – 62 ans      

Mes souvenirs de la préparation de la distribution des prix dans une école du Perche à la fin des années 50 : pour  les enfants, l'école est devenue depuis la mi-juin, un lieu de rêve. Plus de calcul, plus de dictée, plus de rédaction ! Nous répétons dans la salle des fêtes, modeste bâtiment de briques apparentes, les danses et les saynètes qui composeront  le spectacle  présenté le  jour de la distribution des prix. Puis, nous essayons les costumes bien fragiles que préparent les  institutrices, avec pour tout matériau du papier crépon et quelques bandes de carton. Cela laisse beaucoup de temps pour de longues récréations dans la cour de l'école où les tilleuls en fleur répandent leur odeur de début d'été ! Je me souviens des parties interminables de billes et j'entends même encore, le pas des chevaux qui traversaient le village en tirant de lourdes charrettes de foin. 
Voici le grand jour : Après la présentation du spectacle, le Directeur de l'école remercie les « généreux donateurs »  (nos parents, les conseillers municipaux et la Caisse d'Epargne) qui ont permis l'achat des gros livres rouges destinés aux meilleurs élèves, et de ceux, plus modestes de la collection « bibliothèque verte » pour les autres. A l'appel de notre nom, nous montons sur la scène. Les conseillers municipaux nous donnent les livres, les félicitations, les encouragements... ou nous disent un sévère « il faudra faire mieux l'an prochain ».  Apparemment les parents sourient tous ! Mais on devine parfois un peu de jalousie dans les commentaires !
 

Suzanne – 79 ans

Je ne vous raconterai pas la distribution des prix de mon enfance : 1939, j'avais  6 ans et jusqu'en  1947, année où j'ai quitté l'école primaire, du fait de la guerre il n'y a pas eu de distribution des prix.
Par contre, pendant ma vie active d'institutrice, j'ai organisé de 1958 à 1965, chaque année la distribution des prix. J'avais une classe unique d'une trentaine d'élèves : les enfants y entraient à  5 ans et pouvaient y rester jusqu'à l'obtention du certificat d'études à 14 ans. A cette époque, le jeudi était jour de congé et la semaine se terminait le samedi après-midi. Les grandes vacances arrivaient à la mi-juillet et le dernier samedi après-midi d'école, avait lieu la distribution des prix : récompenses données aux élèves selon leur mérite. A cet effet, la salle de classe était transformée en salle de spectacle. Les pupitres étaient sortis et remplacés par des bancs pour les parents et amis qui viendraient, des chaises étaient prévues pour le Maire et les Conseillers municipaux qui remettraient les livres en fin de spectacle.  Les quinze derniers jours de l'année scolaire, tous les après-midi, on ''répétait'': saynètes, sketches, danses, poésies, chants. Avec l'aide des mamans, des costumes en papier crépon étaient réalisés.
Enfin, le jour ''J'' ! Le spectacle se déroulait, avec un peu d'énervement mais dans la joie.  Puis arrivait le clou de la journée : la distribution des prix !  Les livres, souvent avec une couverture rouge, avaient été choisis en fonction de l'âge et du goût des enfants, par la maîtresse. Un feuillet d'évaluation était collé à l'intérieur du livre avec les mentions : prix d'excellence, prix d'honneur, 1er prix, 2ème prix, accessit, etc...selon le travail fourni au cours de l'année par l'élève. Les membres du Conseil Municipal, assis sur les chaises (qui avaient été montées sur la scène) félicitaient les enfants. Le Maire remettait les prix d'excellence, les Conseillers, les autres prix. De la joie et, quelquefois de la déception, voire quelques réprimandes, accompagnaient cette remise de prix qui se terminait par un goûter offert à tous.  Dans l'ensemble, c’est un bon souvenir !

Gérard – 64 ans  

Je vous parle d’un temps que…mais en ce temps là, j’habitais réellement Montmartre. J’allais à l’école proche du domicile de mes parents, à l’école de garçons du CE1 au CM2 ; je n’ai pas fait le CP car je savais lire et écrire en sortant de la maternelle. Le même maître a suivi la classe pendant ces quatre années. Les années étaient ponctuées de congés, répartis sur Noël (2 semaines), Pâques (2 semaines), et grandes vacances. Mais avant cette période estivale il y avait la distribution des prix.
Cette manifestation marquait pour nous écoliers, la fin de l’année scolaire, c'est-à-dire avant les grandes vacances, le 14 juillet. Rassurez vous, nous ne reprenions l’école que le 1er octobre.
Toute l’année, nous avions des récompenses diverses : des bons points, des images pour 10 bons points...Mais chaque mois, les compositions dans toutes les matières, nous obligeaient à travailler régulièrement. Les notes étaient portées sur un bulletin que nous remettait, devant toute la classe, le Directeur. Il nous appelait du dernier au premier.
Cette notation donnait un classement final qui nous permettait de passer dans la classe supérieure, de redoubler, mais surtout d’obtenir un prix plus important.  C’était surtout des livres plus ou moins épais et plus ou moins nombreux.
C’était un jour magique ! Les parents, les grands-parents étaient réunis sous un préau où une estrade avait été dressée et décorée aux couleurs de la France (c’était dans les années 50/60). Nous commencions par chanter « La Marseillaise ». Oui tout le monde la connaissait, nous l’apprenions en classe. Le Directeur faisait son discours d’accueil et chaque classe réalisait le spectacle qu’elle avait préparé pour l’évènement, qui un chant, une récitation, des petites saynètes. C’était une journée intense en émotion. Entre chaque présentation, le Directeur donnait le palmarès et nous allions chercher notre prix à l’appel de notre nom (toujours du dernier au premier). Dans les livres, une étiquette rappelait notre classement ainsi que quelques compliments, bien sûr écrits à la plume. De cette journée de distribution des prix, j’en garde personnellement un très bon souvenir. Elle était annonciatrice des beaux jours, des grandes vacances à la campagne où nous partions jusqu’à la rentrée.

Aimée – 85 ans

Je ne me souviens pas qu’il y ait eu des prix à l’école dans mon enfance, mais je vais vous parler quand même de ma scolarité. S l’on travaillait bien, nous avions des bons points, des bonnes notes, et nous montions dans une classe supérieure chaque année. Quand j’ai eu mon certificat d’études primaires en 1938, mon institutrice est venue voir mes parents pour leur demander de me faire continuer mes études au collège de Bourges. Mais, au moment de la rentrée, la guerre était annoncée, et mes parents ont préféré me garder près d’eux à la campagne plutôt que de m’envoyer au collège dans cette grande ville ; ils pensaient que j’étais plus en sécurité chez nous. Alors, l’institutrice m’a repris une année, mais comme j’avais déjà mon certificat, elle ne s’occupait pas beaucoup de moi. Elle me proposait des livres à lire et des dessins à faire. Un jour, pour me donner des idées, elle m’avait apporté deux timbres, et j’ai alors fait deux grands tableaux à partir de ceux-ci. Ils ont été exposés à Bourges, et j’ai remporté un prix : un livre doré ! Je ne me souviens même plus du titre, vous pensez, il y a de cela soixante quatorze ans ! L’un de ces tableaux représentait « la déclaration des droits de l’homme et du citoyen » et le second « Paris ». Il paraît que j’avais des dons pour le dessin, mais je n’ai pas continué. J’ai eu une famille nombreuse, et j’ai obtenu « la médaille d’honneur de la Famille Française ». Pendant quarante ans, elle est restée dans son écrin, et le jour où je l’ai sortie, je l’ai malheureusement perdue ! Je suis allée aux « Objets trouvés », mais personne ne l’avait rapportée, j’étais déçue !

Marie-Paule - 52 ans

Dans ma petite école rurale privée, le mois de juin était pour nous signe de répétition et de préparation de la traditionnelle kermesse et de la distribution des prix. Toujours le même scénario : des après-midi sous la chaleur du mois de juin à répéter la danse folklorique très rythmée par notre institutrice qui criait : « Tous ensemble, le pied droit en avant, la tête bien droite !!! ».

Prêts pour un défilé militaire ou une revue cabaret, dirions-nous maintenant ! Le jour venu, nous exécutions avec un trac fou, ce spectacle costumé que nos parents attendaient avec impatience, et juste après, la maîtresse nous faisait mettre en rang pour la distribution des prix. Quel souvenir angoissant !  Elle appelait chacun et annonçait en tendant le beau livre offert par l’école : - Mademoiselle Marguerite X… : Elève souriante - Prix de camaraderie.  - Monsieur Yvon Z…: L’étourdi de service - Prix de bon vivant . Etc …des moments importants dans les yeux des enfants ! J’ai toujours gardé mes premiers livres !

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